31/07/2026

L’activité physique adaptée : un levier pour la santé des seniors en Bourgogne-Franche-Comté

Pourquoi parler de l’activité physique adaptée chez les plus de 65 ans ?

Depuis plusieurs années, l’activité physique adaptée (APA) figure parmi les recommandations nationales pour promouvoir la santé des personnes âgées (CNAM, HAS, Santé publique France). Face à l’augmentation de l’espérance de vie – la population de plus de 65 ans a augmenté de 23 % en dix ans dans notre région, pour atteindre près de 600 000 personnes (INSEE, 2023) – la question de “bien vieillir” devient centrale. Mais que recouvre vraiment l’APA ? À qui s’adresse-t-elle ? Et comment l’intégrer concrètement dans les parcours de santé en Bourgogne-Franche-Comté ?

L'activité physique adaptée, c’est tout mouvement physique planifié, structuré et sécurisé, encadré par un professionnel. Contrairement à l’activité physique “générique”, l’APA prend en compte l’état de santé, les capacités, les limitations ou les pathologies (chroniques, handicap, perte d’autonomie). En d’autres termes, il s’agit de proposer des exercices adaptés à chaque situation pour permettre à tous – y compris les plus fragiles – d’en retirer les bénéfices.

Des enjeux très concrets en Bourgogne-Franche-Comté

L’importance de l’APA se confirme particulièrement dans une région dont la part de seniors figure parmi les plus élevées de France (INSEE, 2023), avec un vieillissement plus marqué dans les départements ruraux : la Nièvre, la Haute-Saône ou encore le Jura. On y observe :

  • Une surreprésentation des personnes âgées vivant seules, parfois éloignées des structures d’accueil ou de loisirs.
  • Un accès plus difficile aux soins de rééducation (kinésithérapie, ergothérapie), notamment dans les territoires à faible densité médicale.
  • Un risque accru de chutes et de perte d’autonomie, première cause d’hospitalisations évitables (Assurance Maladie, 2022).
  • Des pathologies chroniques très présentes, accentuant la sédentarité (diabète, maladies cardiovasculaires, arthrose…)

La Bourgogne-Franche-Comté n’échappe pas à la tendance nationale observée par Santé publique France : moins de 36 % des plus de 65 ans atteignent les recommandations d’activité physique (au moins 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine), et 49 % passent plus de 7 heures par jour assis ou allongés.

Quels bénéfices concrets de l’APA pour les seniors ?

  • Prévention des chutes : L’APA améliore l’équilibre, la coordination et la force musculaire. Selon une méta-analyse de la HAS (2023), un programme structuré permet de réduire jusqu’à 30 % la fréquence des chutes chez les plus de 65 ans à risque.
  • Maintien de l’autonomie : L’APA retarde la perte d’autonomie, réduit le risque d’entrée en institution et favorise le maintien à domicile. Ce point est crucial dans notre région, où l’offre en Ehpad reste sous tension dans certains territoires (Observatoire régional de la santé).
  • Impact sur les maladies chroniques : Pratiquer une activité physique régulière module la glycémie, la pression artérielle, améliore le sommeil et le moral. C’est une mesure simple, mais sous-utilisée, dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires et le diabète (Fédération Française de Cardiologie, 2021).
  • Bien-être psychologique : L’isolement social, facteur de risque majeur chez les seniors, est diminué grâce aux ateliers d’APA collectifs. Ces temps sont souvent l’une des seules occasions hebdomadaires de contacts sociaux pour certains participants.
  • Diminution de la mortalité prématurée évitable : En agissant sur les déterminants de santé modifiables, l’APA contribue à réduire la mortalité évitable liée à la sédentarité.
À retenir : L’APA est une intervention à haut rendement – peu coûteuse, utilisable en prévention primaire, secondaire et tertiaire, adaptable sur tout le territoire régional.

Freins et leviers identifiés dans la région

Des disparités géographiques marquées

L’accès à l’APA dépend fortement de l’offre locale : à Besançon, Dijon, ou Chalon-sur-Saône, plusieurs structures assurent des ateliers, de la prescription médicale à la mise en place de parcours “Sport-Santé”. En revanche, dans le Morvan, en Bresse ou sur le Plateau de Haute-Saône, la dispersion géographique limite l’accès régulier à un encadrement professionnel.

Quelques freins persistants :

  • L’absence d’information ou d’orientation des patients (méconnaissance des dispositifs Sport-Santé, manque de relais entre ville et hôpital).
  • Le coût parfois prohibitif des ateliers non conventionnés, peu pris en charge par la Sécurité sociale (hors ALD spécifique ou prescription médicale formalisée).
  • Le manque de professionnels qualifiés à proximité immédiate (Éducateurs APA, kinésithérapeutes formés…)
  • Des freins “culturels” : l’idée que l’âge avancé, la pathologie ou la fragilité physique sont des contre-indications à l’activité.

Des initiatives régionales à valoriser

  • Les dispositifs “Maison Sport-Santé” se multiplient, portés par des acteurs associatifs, clubs sportifs, collectivités : au moins 18 structures labellisées dans la région en 2024 (source : ARS BFC).
  • Le “PASS’Sport Santé” animé par le CROS BFC, qui oriente vers des activités adaptées et finance certains parcours de remise en mouvement.
  • Des actions pilotes comme “Bouger sur ordonnance” à Dijon ou Montbéliard, permettant la prescription d’activité physique par des médecins généralistes avec un relais de proximité.
  • Les plateformes territoriales d’appui (PTA) de santé, qui intègrent de plus en plus l’APA dans leurs missions d’accompagnement à domicile.

Comment développer l’activité physique adaptée pour les plus de 65 ans en BFC ?

Pour les collectivités

  • Proposer des ateliers délocalisés, au plus près des lieux de vie : maisons de quartier, salles communales, clubs ruraux ou intergénérationnels.
  • Former les agents d’accueil, les animateurs à l’APA : premiers relais d’information, ils sont cruciaux pour l’orientation “grand public”.
  • Articuler urbanisme et APA : aménager des parcours de marche, installer des équipements adaptés, penser l’accessibilité réelle (landes, quartiers pentus, distance aux équipements).

Pour le secteur médico-social et sanitaire

  • Inclure systématiquement la recommandation d’APA dans tous les bilans : programmes d’éducation thérapeutique, consultations mémoire, suivi gériatrique.
  • Développer la collaboration avec les encadrants APA diplômés : coordonner les soins et l’entretien fonctionnel (notamment en retour d’hospitalisation)
  • S’appuyer sur les PTA pour faire le lien entre l’hôpital et la ville.

Pour les associations et clubs sportifs

  • Structurer une offre “senior” revendiquée : affirmer la compatibilité avec pathologies courantes, informer sur la spécificité de l’encadrement.
  • Communiquer sur les bénéfices réels de l’APA (témoignages, rencontres intergénérationnelles, portes ouvertes, etc.).
  • Diffuser des outils d’auto-évaluation : test de marche de 6 minutes, test de lever de chaise, etc.
Concrètement, pour la BFC : Les dynamiques sont là, mais la fragmentation de l’offre et la méconnaissance des dispositifs restent des freins majeurs. La formation des prescripteurs, la coopération entre acteurs et la facilitation de l’accès sont les vrais leviers à renforcer.

Focus : Des exemples locaux inspirants

  • Dans la Nièvre, l’association “Siel Bleu” intervient auprès de petites communes isolées en créant des ateliers itinérants, accessibles à toutes situations de fragilité, avec un bus équipé.
  • En Saône-et-Loire, des EHPAD ont mutualisé leurs intervenants pour garantir une séance hebdomadaire d’APA auprès de tous les résidents – résultat : une baisse de près de 20 % des chutes enregistrées en un an (source : CPAM 71, 2023).
  • À Lons-le-Saunier, la CPTS locale a mis en place un parcours d’APA post-hospitalisation articulant médecins généralistes, kinésithérapeutes et éducateurs sportifs adaptés. Les patients rapportent une reprise d’activité physique dans 80 % des cas à 6 mois (source : URPS Médecins Libéraux BFC, 2023).

Points de vigilance : ce qu’il faudra surveiller en 2024-2025

  • L’intégration de l’APA dans le projet régional de santé, avec un financement pérenne et ciblé.
  • L’évaluation précise des parcours de prévention “chute” et “fragilité” dans les territoires pilotes (analyse par l’ORS BFC attendue).
  • L’évolution du nombre d’éducateurs APA et la création de parcours fléchés “sortie d’hospitalisation” dans les hôpitaux généraux de la région.
  • La stabilité et le niveau de financement des dispositifs “Maison Sport-Santé” sous CPAM et ARS.

Pour aller plus loin : ressources régionales et nationales

À partager dans vos réseaux : Parce que l’APA, ce n’est pas qu’un “supplément” de confort : c’est un déterminant de santé fondamental, encore sous-exploité. Notre région dispose d’atouts mais doit soutenir bien plus fortement ce pilier du bien vieillir. L’enjeu est collectif, les solutions le sont aussi.

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