20/09/2026

Partenariats territoriaux : leviers de prévention en Bourgogne-Franche-Comté

Prendre la mesure des enjeux : prévenir, un impératif pour les bassins de vie

Le terme de « partenariats territoriaux » est partout dans les stratégies de santé publique actuelles. Mais de quoi parle-t-on, concrètement, pour nos bassins de vie en Bourgogne-Franche-Comté (BFC) ? L’actualité nationale – de la Stratégie nationale de santé (SNS) aux derniers rapports annuels de Santé publique France (SPF) – insiste sur la nécessité de créer des synergies locales pour renforcer la prévention. Malgré tout, la réalité du terrain, entre le rural de la Nièvre, les secteurs périurbains de la Côte-d’Or ou les vallées du Jura, montre combien il reste à faire pour rendre ces dynamiques visibles, coordonnées et pérennes.

Pourquoi maintenant ? Le vieillissement de la population régionale, la persistance d’inégalités d’accès aux soins et la hausse de certaines pathologies évitables (maladies cardio-vasculaires, cancers liés au tabac ou à l’alcool, santé mentale…) imposent de renforcer la prévention – et pas seulement à travers les grandes campagnes nationales, mais en s’appuyant sur ce qui marche au plus près des habitants. Les partenariats locaux sont alors un levier évident… encore faut-il savoir de quoi on parle, et ce qui fonctionne (ou non) dans notre région.

Panorama régional : qui sont les acteurs des partenariats ?

Ce que l’on observe en BFC, c’est une mosaïque d’acteurs engagés, mais souvent dispersés. La prévention ne relève pas uniquement de l’Agence Régionale de Santé (ARS) ou des hôpitaux : elle implique aussi les collectivités locales (départements, EPCI, communes), l’Assurance Maladie, les MSA (Mutualité Sociale Agricole, incontournable dans nos secteurs ruraux), des associations, les réseaux de soins, des structures médico-sociales, des établissements scolaires, et même des bailleurs sociaux.

À retenir :

  • Les Contrats Locaux de Santé (CLS) fédèrent collectivités, ARS, structures sociales et associations autour de diagnostics de territoire et d’actions ciblées.
  • Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) structurent la coordination entre médecins, infirmiers, pharmacies et prévention.
  • Les réseaux associatifs (Ligue contre le Cancer, Mutualité française BFC, France Addictions…) mènent des actions de terrain complémentaires au service public, souvent sur les "poches" d’inégalités de santé.
  • Les Conseils Locaux de Santé Mentale (CLSM) inaugurent de nouvelles coopérations entre politique de la ville, santé et secteur social, souvent sous-estimées.

La force des partenariats, c’est leur capacité à impliquer ces différents acteurs sur un même enjeu, avec une vraie lisibilité pour les habitants. Encore faut-il dépasser l’empilement de dispositifs pour aller vers une stratégie partagée, visible et mesurable.

Quel impact concret sur la prévention ? Exemples et données régionales

  • Les Contrats Locaux de Santé (CLS) couvrent aujourd’hui 36 territoires en BFC (source : ARS BFC, 2024). Leur évaluation montre une amélioration de l’accès au dépistage du cancer colorectal, avec des hausses de 8 à 10 points de participation dans les secteurs pilotes (ex : Mâconnais, Plaine jurassienne).
  • Dans l’Yonne, la CPTS du Tonnerrois a lancé des “tournées prévention” incluant maisons de santé, communes, collèges et EHPAD, avec plus de 500 entretiens en un semestre sur l’équilibre alimentaire des seniors et la vaccination grippe/Covid.
  • Le Doubs s’est distingué ces deux dernières années avec un partenariat entre le Département, la CPAM et des médiateurs santé : déploiement de bus santé sur 20 communes du Haut-Doubs, axés prioritairement sur le repérage des personnes éloignées du système de soins (2000 bénéficiaires en 2023). (source : CPAM du Doubs)
  • Sur la santé mentale, la création de CLSM à Belfort et Nevers a permis d’inclure des policiers municipaux, éducateurs et familles à des cellules de veille sur le mal-être adolescent (en lien avec les suicides chez les jeunes, en hausse depuis 2021 selon SPF).
  • En Saône-et-Loire, l’intégration des bailleurs sociaux via le dispositif “Santé–Habitat–Services” a permis d’expérimenter la distribution de kits de prévention (radon, accidents domestiques, chutes chez les plus de 75 ans) à l’échelle d’un quartier.

Ces initiatives montrent que l’addition des forces ne se limite pas à la “communication”. Les impacts mesurables (taux de participation aux dépistages, repérage de situations à risque, adhésion à des programmes d’activité physique adaptée) traduisent une montée en compétence locale, qui doit encore être renforcée, harmonisée, évaluée à large échelle.

À qui s’adresse cette dynamique partenariale ?

Concrètement, pour la BFC, les publics concernés par ces dynamiques sont multiples :

  • Collectivités territoriales : premier niveau d’action, via le financement, l’animation ou l’appui technique.
  • Professionnels de santé de 1er recours : déclencheurs mais aussi relais de prévention “hors les murs”.
  • Structures médico-sociales : notamment pour la prévention de la perte d’autonomie, la santé mentale, la prévention des addictions.
  • Réseaux associatifs : mobilisateurs, passerelle vers les publics précaires ou “invisibles”.
  • Habitants : parties prenantes de plus en plus reconnues, via des démarches de participation citoyenne (exemple : ateliers santé ville, panels citoyens).

Pourquoi ça fonctionne (ou pas) : facteurs-clés et freins spécifiques

Ce qui fait la différence

  • Diagnostic partagé : l’identification collective des besoins, avec données locales (INSEE, ARS, Assurance Maladie) ET retour des professionnels de terrain.
  • Animation “hors institution” : appui de coordinations indépendantes, mobilité (bus santé, ateliers itinérants), articulation avec la politique de la ville ou le contrat de ruralité.
  • Évaluation systématique : mesure d’impact (taux de dépistage, suivi des bénéficiaires, retours de satisfaction).

Les limites encore rencontrées

  • Fragmentation des financements : entre budgets ARS, collectivités, Assurance Maladie… avec parfois des vases communicants qui fragilisent les initiatives dès qu’un financeur se retire.
  • Turn-over des professionnels : fréquence en hausse dans les zones rurales et urbaines fragiles de la région, qui nuit à la stabilité des actions de prévention.
  • Faible visibilité auprès du grand public : faute de communication adaptée et de lisibilité des dispositifs.

Des modèles à essaimer dans d’autres territoires ?

À surveiller dans les prochains mois : trois tendances émergentes pourraient inspirer d’autres acteurs locaux, ici ou ailleurs.

  • Professionnalisation des coordinations : recrutement de chargés de mission santé, à temps partagé entre plusieurs collectivités ou associations, pour garantir la continuité des actions.
  • Participation citoyenne accrue : montée en puissance des conseils citoyens santé, tirant les leçons des ateliers en santé mentale de Dijon et du Creusot ou des diagnostics participatifs.
  • Ouverture à de nouveaux partenaires : intégration d’acteurs jusqu’ici absents, comme les lycées agricoles (prévention addictions en zone rurale), les ateliers d’insertion, les Missions Locales (accompagnement santé des jeunes NEET - ni en emploi, ni en formation, ni en étude).

Un point fort de la BFC reste sa capacité d’expérimentation. Les CLS ou CLSM y essaient, plus vite qu’ailleurs, l’inclusion des maires ruraux, des médiateurs santé issus du monde associatif, des micro-projets sur les déterminants sociaux de santé. Cette adaptabilité est un atout… à condition de capitaliser sur les réussites (comme la CPTS du Pays de Montbéliard, pionnière en “aller-vers” prévention diabète en partenariat avec les CCAS locaux) et d’outiller toute la chaîne de l’action (outils d’évaluation, guides méthodologiques, réseaux régionaux d’échange de pratiques).

À retenir : ce que les acteurs de Bourgogne-Franche-Comté peuvent s’approprier

  • L’impact des partenariats dépend autant de la qualité de la coordination que de la capacité à s’appuyer sur les ressources et la réalité du terrain (données, atouts, fragilités locales).
  • La prévention prend sens quand elle s’ancre dans les dynamiques de vie des bassins, et non dans la simple déclinaison de plans nationaux.
  • L’avenir se joue dans l’intégration – visible, évaluée – entre collectivités, professionnels, associations et habitants.
  • Soutenir ces partenariats locaux, c’est investir dans la santé publique régionale à long terme, avec des résultats mesurables sur la participation, la réduction des inégalités de santé, et l’appropriation citoyenne.

À partager dans vos réseaux : la prévention territoriale en BFC, c’est plus qu’une affaire d’experts. La clé, c’est l’engagement collectif, la capacité à faire émerger des réponses adaptées et la volonté de mesurer ce qui marche, pour et avec les habitants.

Sources : ARS Bourgogne-Franche-Comté, Santé Publique France, Assurance Maladie, Mutualité Française BFC, CPAM du Doubs, INSEE.

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