31/08/2026

Consommation d’alcool : des disparités marquées entre les départements de Bourgogne-Franche-Comté

Que dit la situation nationale sur l’alcool ?

La consommation d’alcool en France reste l’un des enjeux majeurs de santé publique. On le sait, la France figure parmi les pays européens où la consommation par habitant reste élevée, malgré une baisse continue depuis les années 1960 (Santé publique France). Elle est responsable de plus de 41 000 décès chaque année dans le pays, dont la moitié avant 65 ans (Santé publique France, 2022).

Les recommandations évoluent régulièrement : aujourd’hui, il est préconisé de ne pas dépasser 10 verres d’alcool par semaine et pas plus de 2 par jour, avec des jours d’abstinence. Mais la moyenne nationale masque de fortes différences selon l’âge, le genre, le niveau social… et bien sûr le territoire.

Les chiffres clés de la Bourgogne-Franche-Comté : une région particulièrement concernée

En Bourgogne-Franche-Comté (BFC), la consommation d’alcool est structurellement supérieure à la moyenne nationale. Selon le Baromètre santé 2021 (Santé publique France), 26,7 % des adultes de la région déclarent une consommation dépassant les repères de consommation à risque, contre 23,7 % au niveau national. Ce chiffre place la BFC parmi les trois régions les plus concernées.

  • Part des adultes de BFC dépassant les seuils : 26,7 %
  • Moyenne nationale sur cet indicateur : 23,7 %
  • Différence observée chez les hommes de BFC : 36 % (vs 31 % nationale), chez les femmes : 18 % (vs 16 % nationale)

Ce que l’on observe dans la région : plus on avance vers l’âge, plus la consommation régulière progresse. Mais le binge drinking — c’est-à-dire la consommation excessive ponctuelle (au moins 6 verres en une seule occasion) — reste élevé chez les 18-30 ans (ARS BFC, Chiffres Santé 2023).

Zoom départemental : fortes variations entre Côte-d’Or, Saône-et-Loire, Nièvre et Jura

La situation n’est pas homogène à l’échelle des huit départements. Il existe des écarts notables entre urbain et rural, territoires viticoles et zones plus industrielles ou rurales à faible densité médicale. Ce sont ces disparités territoriales qui appellent une approche différenciée.

Département % d’adultes à risque élevé (SPF 2019-2021) Part de décès attribuables à l’alcool (%) Repères spécifiques
Saône-et-Loire 28,9 12,7 Département viticole, ruralité importante
Nièvre 29,2 13,2 Surmortalité alcool, faible accès aux soins
Côte-d’Or 25,5 11,1 Ville universitaire, vignoble renommé
Jura 27,1 13,5 Culture viticole, ruralité marquée
Doubs 24,1 10,4 Besançon métropole, proximité Suisse
Haute-Saône 26,8 11,6 Désert médical, populations âgées
Yonne 27,6 12,5 Appellations vinicoles, périurbain
Territoire de Belfort 22,0 9,8 Plus urbain, population plus jeune

À surveiller dans les mois à venir : La Nièvre et la Saône-et-Loire affichent systématiquement des taux plus élevés ; elles combinent ruralité, surreprésentation des hommes parmi les consommateurs à risque, et difficulté d’accès à la prévention. Le Territoire de Belfort se distingue par une consommation moindre, profil plus urbain et davantage de jeunes actifs.

Que cela implique-t-il pour la région ?

Pourquoi ces différences ? Avant tout, la tradition viticole historique façonne des habitudes de consommation « culturelles » profondément ancrées — surtout dans la Saône-et-Loire, la Côte-d’Or ou le Jura. Ces territoires affichent d’ailleurs une surreprésentation d’alcool consommé sous forme de vin, quand d’autres départements (Doubs, Territoire de Belfort) se rapprochent de la moyenne nationale pour la bière et les alcools forts.

Autre facteur clé : les déterminants sociaux de santé. C’est-à-dire l’ensemble des conditions dans lesquelles les personnes naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent. On le constate : là où le chômage, la précarité sociale et l’isolement sont plus marqués, la consommation d’alcool à risque augmente. La Nièvre cumule ainsi : une population vieillissante, des fragilités socio-économiques, un accès aux soins parfois limité, notamment pour l’addictologie.

Derrière les chiffres, on mesure aussi l’impact direct : surmortalité par cirrhose et cancers, mais aussi accidents de la route et violences intrafamiliales. Le taux de mortalité prématurée évitable (c’est-à-dire les décès qui auraient pu être évités par la prévention ou des soins appropriés) liés à l’alcool est supérieur de 30 % à la moyenne nationale dans la Nièvre et la Saône-et-Loire (INSEE, 2022).

Quels leviers d’action pour les acteurs locaux ?

Concrètement, pour la Bourgogne-Franche-Comté, ces données doivent guider les priorités. Ce n’est pas seulement un enjeu des ARS ou des hôpitaux : élus locaux, intercommunalités, associations, établissements scolaires et employeurs ont tous un rôle.

  • Cibler les territoires prioritaires : Saône-et-Loire, Nièvre, Jura, où la mortalité et la précarité sont aggravées par l’alcool.
  • Renforcer la prévention en milieu rural et scolaire : diffusion d’ateliers « Alcool, pourquoi pas moi ? », campagnes de sensibilisation à destination des jeunes et des parents, mobilisation des Maisons France Services et des collèges-lycées.
  • Former les professionnels de santé de premier recours (médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens) à repérer et orienter les consommations à risque, particulièrement dans les zones sous-dotées.
  • Renforcer l’accès aux dispositifs d’accompagnement : points d’accueil, consultations jeunes consommateurs, cafés associatifs proposant des alternatives à l’alcool.
  • Travailler avec les filières viticoles et brassicoles locales pour promouvoir la modération, et rappeler la différence entre valorisation du patrimoine et normalisation de la consommation excessive.

Quels enjeux à court et moyen terme ?

À qui cela parle ? L’ensemble des acteurs : maires, services prévention des départements, professionnels des maisons de santé, enseignants, associations sportives ou culturelles.

  • Les collectivités rurales sont en première ligne, souvent démunies en matière d’accès à la prévention, surtout lorsque la question de l’alcool reste un tabou social.
  • Les professionnels du médico-social sont confrontés aux situations les plus délicates : jeunes en errance, familles en difficulté, retraités isolés.
  • Les réseaux associatifs peuvent porter des actions innovantes, en relayant des messages adaptés à leurs réalités et à celles des publics.

Ce que l’on observe dans la région : la mobilisation intersectorielle manque le plus souvent de moyens, mais certains territoires innovent. Par exemple, l’Yonne a expérimenté la formation croisée acteurs jeunesse – santé – police municipale afin d’anticiper la prévention des consommations festives lors des foires traditionnelles.

À retenir :
  • La Bourgogne-Franche-Comté reste parmi les régions où la consommation d’alcool à risque et la mortalité évitable sont les plus élevées.
  • Les écarts sont marqués : Nièvre et Saône-et-Loire concentrent les fragilités, là où Territoire de Belfort présente un profil plus favorable.
  • L’enjeu est d’articuler prévention, accès au soin et cohésion territoriale, en tenant compte des traditions locales et des situations de vulnérabilité.
  • La donnée départementale doit servir à prioriser l’action publique et associative, et à renouveler le dialogue avec la population, sans culpabilisation inutile.

Pour aller plus loin : travailler ensemble pour transformer la veille en action

Ce panorama de la consommation d’alcool à l’échelle départementale invite clairement à changer d’échelle. Les chiffres ne sont pas une fatalité : la prévention et l’accompagnement, quand ils sont relayés au plus près du terrain, peuvent réellement inverser les tendances. La veille partagée, telle que nous l’imaginons, doit soutenir le passage à l’action locale : mieux cibler, mieux former, mieux accompagner, et surtout, valoriser les initiatives qui prennent racine dans chaque territoire de la région.

À partager dans vos réseaux — car il s’agit bien d’un sujet de santé publique, mais aussi de cohésion sociale, d’avenir pour nos jeunes et de justice territoriale.

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